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Mais il doit bien arriver un moment où la question se pose crûment : la confidentialité de nos travaux est-elle toujours gouvernée par nos intentions artistiques ou par la faiblesse de nos moyens d'action, sinon par nôtre pusillanimité? Durant l'été 1994, avec d'autre amis de toujours, O.Blondel, L.Pinon, J.Demarc et R.Eon, nous avons décidé de réunir nos compétences respectives pour fonder une revue : une revue pour s'encourager à un travail régulier, une revue pour mieux saisir les derniers états de l'écriture et de la publication, une revue pour rencontrer d'autres écrivains, d'autres artistes, une revue pour exploiter des genres trop délaissés, le pamphlet, l'essai critique, pour approfondir ces milles choses effleurées par la conversation, pour mettre à l'épreuve l'apparente solidité de nos goûts et de nos positions théoriques, une revue pour rédiger des textes que sans aucun doute nous n'aurions jamais écrits sans elle. Nous avions pu adopter sans peine l'idée que notre travail inscrivait la revue dans un panorama d'avant-garde: d'une certaine manière, l'importance que nous accordons à la recherche, la contemporanéité de nos choix culturels (picturaux et musicaux autant que littéraires) et, le plus souvent, l'objet même de nos études, le panorama de nos fictions ne nous y conduisaient-ils pas? Puis, le monde des revues s'ouvrant en quelque sorte à nous, nous en avons reçu beaucoup d'autres, simples feuillets photocopiés ou revues luxueuses aux castings de prestige, pour lesquelles cette notion - cette catégorie d'avant-garde - était un mot d'ordre manifeste; nous avons du reconsidérer notre position en regard de cette certitude : non seulement les textes qui nous passaient entre les mains étaient à mille lieues de nos préoccupations, mais, surtout, contrairement à ces revues, l'avant-garde n'était jamais notre objet. Et puisque ce n'était pas ça qui nous donnait la mesure, puisqu'aucun programme ne nous avait réuni autre que l'amitié qui liait les premiers rédacteurs, alors, qu'est-ce qui avait pu, durant trois ans, réunir ces écrivains-là? On nous demande souvent quelle est la couleur de la Parole Vaine, sa particularité, sa distinction dans l'ensemble des autres... Peut-être ceci : de même qu'au cours d'une réunion du comité de rédaction il serait grotesque d'imaginer ses membres commentant un manuscrit ainsi "Est-ce que ça colle avec la ligne éditoriale?", "C'est assez moderne, un peu, beaucoup?" "Est-ce qu'on a pas déjà vu ça dans un autre truc?", c'est bien la seule singularité de chacun d'entre nous qui, associée, a imposé la singularité de cette revue. Et qui, à chaque nouvel arrivant, en a peu a peu dessiné la cohérence. Comment pourrions-nous tracer un portrait exact de La Parole Vaine, sinon en vertu de ce qu'elle nous a enseigné? : leur propre assiduité a révélé à ses rédacteurs leur degré d'implication dans ce projet et, aussi, dans le métier d'écrivain.
Nous avons en cours de route abandonné toute référence
(toute révérence) au travail - exemplaire ou non - de
nos aînés pour situer La Parole Vaine, tout modèle
de revue ou de groupe (seule la crainte de ne pas être bien saisis
nous avait conduit au début à ce genre de raccourcis).
Avec la publication de son N°14 consacré à la lecture publique, La Parole Vaine est devenue en quelque sorte une revue en ligne, dont le Terrier abrite les pages. Bonne lecture, L.L.d.M.
pour la rédaction.
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