"eu euhai oa
euvé coupfave oumwa é eu' mm fenhiié en min quan eu
mm aeurai a ek eu lan eive, quan eu nuhifih'ai me main aa aa ounn, nu eu
ffwloneu ai alinh r an na wan, é è zètmmin mau hai
en ho'eu..."
"...?"
"..."
"Qu'est-ce que tu me dis?"
Sa poitrine pesante remonte en palliers
courts, au gré de cette sorte de respiration maladive qui l'anime peu
dès que nous avons baisé, remonte en glissant sur ses côtes
bien démontrées, déclinant un croissant d'ombre sur les
ourlets creusés en tenture, peau.
"Je disais: Je serai, moi, jugé
coupable;/ pourquoi dès lors me fatiguer en vain?/ Quand je me laverais
avec de la neige/ Quand je purifierais mes mains à la soude/ tu me plongerais
alors dans la fange/ et mes vêtements m'auraient en horreur, voilà
ce que je disais..."
"J'ai dit, qu'est-ce que tu ME dis?"
"hmmm... à toi? D'accord..
rien. Effectivement. Je marmonne. Une situation comme celle-ci m'engage à
marmonner. Voilà. Alors je marmonne Job. IX, vers les 26 ou 29, par là...
Job pa
"JOB?... !... Tu as ta pine chez
moi, tu mollis de ta pine en moi, là, et toi, toi c'est à Job
que
Elle ne me questionnera pas, pourquoi
ici, Job, pas si incongru à mes yeux, mais, d'une façon générale:
elle ne veut pas en savoir plus. Je pense. Je sais pertinemment qu'elle pense,
et c'est encore ce qui l'irrite, que je ne lui dis finalement rien, que depuis
toujours je marmonne (oh il y aura peut-être, j'imagine, eu au départ
quelques tricheries dont elle aura été dupe, bien sûr),
plus ou moins fort, et, audiblement parfois, ça aura eu l'air d'adresses,
que je n'ai jamais fait autre chose au bout du compte, que marmonner...
... ceci, tout en ressentant cependant l'absurde
impérativité de le faire entendre dès que je ne suis plus
seul (ou même, parfois, surpris par la présence d'un objet, de
ceux qui vous épient, qui vous épie, ou plutôt, c'est mal
dit, dont une certaine imperturbable et inopportune humanité vous épie
derrière eux, un de ces objets simulateurs de grande série que
de soucieux concepteurs ont cru bon de rendre vaguement familiers, disons humains,
par excès d'antropomorphisme, on a les réponses qu'on mérite,
de ces petits machins qui nient avec effronterie les milliers de leurs semblables,
parce qu'ils absorbent tout, tampon entre vous et ce qui fait vie, et bien,
devant ce spectacle écoeurant, je marche un peu dans la combine, infantilisé,
il faut vous l'avouer) dès que je ne suis plus dans la délicieuse
et émolliente liberté de la solitude, je sens l'impérativité
de tirer l'autre bout de la corde, car on m'attend à l'extrémité
voyez-vous, tant
qu'à formuler quoique ce soit qui puisse être rendu audible, l'irrepressible
tentation de le rendre tel, après tout, imaginant que j'aurai fait ma
part, que rien ne peut m'être reproché après ça,
et aussi, attentif, excessivement curieux de voir que ce qui est réservé,
profondément, au silence a autant d'échos menteurs qu'une pierre
tombée à l'eau s'invente de circonférences,
la présence d'une
autre personne que moi dans mon espace de rumination ayant déjà
opéré son gâchis, me mettant suffisamment mal-à-l'aise
[par l'effet d'incongruité qu'elle provoque] que je ressens comme nécessaire,car
je supporte mieux d'être détaillé à table, mangeant,
qu'être observé penser [embarrassé, bien que je le regrette
immédiatement après ne m'être pas astreint à
l'évasivité...
l'évocation muette...] nécessaire d'user de ce méfiant
corps modelé comme d'une surface lisse renvoyant l'approximation de ce
que j'aurais bien mieux fait de brider au secret, au silence qui est la forme
la plus aiguë de son bavardage à ELLE;
"Tu peux parler autrement que par citations? À moi au moins, tu peux faire ça?"
Je pense qu'elle doit
bien savoir tout ça, pourtant, se douter, bien que je ne croie pas qu'elle
se le soit déjà formulé. Elle aura du flairer, bien entendu,
et grogner au-dessus de cette truffe immangeable. Ou bien elle l'aura fait,
comme elle le fait toujours lorsqu'elle parle avec l'assurance de ceux qui communiquent,
et parce qu'elle compte sur la part de mystère qu'on accorde outrageusement
à son silence de femme /quand on ne lui accorde pas brio dans la retenue,
la respectabilité de la retention de verbe/ elle l'aura intérieurement
fait de même, EN ÉBAUCHANT SA PENSÉE, c'est-à dire
en stoppant net avant elle... sa conclusion terrassante, celle qui vient à
bout de tout orateur: mais tu vois très bien ce que je veux dire, vois
? veux? , perfidie du pouvoir qui brandit la volonté... en vérité:
lassée déjà, en toute circonstance, par la somme des concaténations
qui furètent à l'horizon pour lui enmêler les pattes, par
la petite mélodie articulatoire inutile que représente la formulation
de ce type de proposition, ou de la moindre proposition à plus de deux
bielles que ce soit, [à moins peut-être d'un syllogisme d'école,
un de ceux dont elle puisse abuser pour me clouer avec autorité, désarmement
devant le vide, devant ses piaillantes amies pour lesquelles PEU est synonyme
de MIEUX, et MIEUX synonyme de TROP, évidemment, évidemment, (je
crains encore qu'elle ne se flatte en fait de ma mysoginie, qu'elle n'exulte
un peu plus à chacun de mes assauts,
qu'elle ne trouve ainsi, dans sa position à mes côté, que
l'argument irréfutable de sa singularité)] , je la sait excessivement
rebutée à l'idée d'en énoncer plus d'une par phrase,
elle, traduisant cette économie abusive par un haussement d'épaule
et un hmm de gorge qui peut bien ponctuer même ses raisonnements muets
d'une également signifiante approbation ou désapprobation, mais,
mais de ceci je n'ai jamais cherché à savoir plus, par crainte
de réveiller ses lancinants reproches à propos d'une improbable
curiosité maladive de ma part, d'un présupposé par elle
excès d'investigations de ma part, violant, qui chercherait à
mettre à nu un crâne dont elle devrait savoir pourtant que la nudité
seule du corps qu'il surplombe tient en alarme mon attention...
(sur ce point au moins, je veux parler
de cette capitalisation avaricieuse des idées et des phrases qui les
brinqueballent, sur ce point là, qui n'est en fait que l'écueil
où conduit le dégoût de la transparence de soi, la nécessité
de draper de mystère la cuisante obscénité de l'insuffisance,
elle a raison, de moi elle a raison, moi qui, dilapidant avec l'ardeur de ceux
qui n'ont pas même à perdre l'estime qu'on leur porte, maladivement
probablement, moi qui, distribuant dès la première rencontre le
vacarme de mes propositions, ne parvient à tenir en haleine un interlocuteur
qu'au prix d'une semaine si épuisante que a) l'engorgement l'aura harassé
peut-être jusqu'à la fuite b) la surcharge aura rendu vaine toute
tentative de souvenir ponctuel, précis au coeur de l'indémêlable
fouillis... et après avoir été fui, j'aurai été
oublié.)
Ceci bien entendu lorsqu'elle n'exige pas que j'y replonge mon groin et ma queue
trop lonftemps.
Et je sais pertinemment ce qu'elle en pense hic, et nunc...
"Tu ne me parles pas,
parce que tu es incapable de cesser d'écrire"... Ce qui signifie, avec
justesse finalement, incapable d'être sérieux; l'écriture
comme cessez-le-feu dans la cour invivable des grands; seriusectomie...
"Et lorsque tu m'adresses la parole,
tu te planques derrière des citations! Tu ne parles que par citations,
et tes bouquins te servent de cervelle, c'est tout!" Tranchant ... Coupe aveugle
je dirais... Ma propension à m'accommoder des formes les plus diverses
et les plus extrêmes de la bassesse pour peu qu'elles s'enrobent de tissus
chauds, d'un poitrail chatouilleux à l'envie, de toutes ces sortes d'apparâts
qui excitent mon gôut pour le modelage, me fait honte, mon reniement incessant,
affolé par l'odeur d'un con trop proche, me fait, affreusement, honte..?
Hmm.
Faux, c'est archi-faux: pour faire
phrase encore, mais, en deux mots, pour peu qu'on exige de moi quelqu'alibi,
qu'on veuille m'extorquer quelque justification pour cette inconséquence,
deux mots me suffisent généralement à réconcilier
cette irratrappable sottise issue de la proximité d'un cul à fouisser
avec l'autorité dont j'use pour faire prévaloir ma surveillance,
qui est mienne à propos de mes exigences autoritaires de surveillance,
avec cette assurance qui me fait prétendre me surveiller moi-même
sans relâche ce qui, effrontement, est aussi, bien entendu, archi-faux,
faux.
Il me serait aussi odieux de penser
dans mon pénis que de jouir dans mon crâne.
Je ne crois pas nécessaire de lui signaler que le régime de son piapia est gouverné aussi par un salmigondis de citations insoupçonnée, qu'articulées entre elles, de plus ou moins longues citations ou bribes, en fait, composent sa langue qu'elle croit autonome, que ses citations, de surcroît, n'ont pas même la gloire du secret ou de l'intimité, pour ce qu'elles ne sont généralement que de redoutables lieux communs à tous, qui sont, rappelons-le, les plus partagées des citations, celles de l'irrémédiable ennui, l'inaptitude à faire sa langue, que les arguments favorables à l'épanouissement de sa langue terroriste sont répandus par mille bouches, citantes, inlassablement... Ce claptis-là se passe des noms, ses attributs ne sont pas affolés de n'avoir aucun support nominal par ce qu'ils changent à volonté de direction, qu'ils collent à la voix, les noms sont répudiés au profit de phrases flottantes qui n'évoquent jamais la singularité d'une tombe, de curieux spectres en revanche, multifaciaux, je devrais dire pananatomiques, planétaires, transhistoriques, intouchablement, "comme disait l'autre" "comme disait le poète", circuit des bouches riantes loin des sépultures, immortelles, douceâtres, c'est un corps caverneux qui produit son propre écho sans y tolérer la paroi d'un homme seul, je l'entend murmurer souvent "je suis tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui"...
Je juge inutile de
lui rappeler encore que, les ayant choisi elles et aucune autre dans le filet
ininterrompu de cette phrase en transit qui transperce, traverse en boustrophédon
les rayonnages de la bibliothèque, ces citations, je n'ai en les choisissant
pas choisi autre chose que que de lui dire ce que JE pense, avec ce qu'inlassablement
j'écris moi de ce discours hétérogène et silencieux,
où je m'écris, avec, il faut l'avouer, ma prédilection
pour les formules tranchantes, formules déjà tranchées,
disons, que je n'ai pas le coeur de réitérer ... à coup
sûr altérées ... que je ne supporterais pas d'amoindrir
avec la faiblesse de l'improvisation, avec a) la lassitude de devoir s'expliquer
en hésitant sans cesse, qui caractérise ma conversation, b) la
gourmandise avec laquelle, au sein de la multitude, je me replonge, inaperçu,
je m'enfouis sans qu'on y prenne garde dans une enclave momentanée, révasseuse,
je quitte momentanément le temps d'une phrase le tumulte du bavardage
alentour pour retrouver en creux l'intimité et le silence de la bibliothèque.
"Tu penses quoi au juste, que la
voix est libre?"
"hmmm?"
"La VOIX (médius à
ma gorge), que la voix est libre? Ou plutôt, que tu es libre derrière
elle? Et bien c'est absolument naïf et incongru. La voix, voilà
bien le pouvoir le plus abrutissant, le plus incidieusement assommant, le rateau.
La dernière enveloppe de l'oignon qui nous préserve de rien voir
sans sa tutelle, planqué. Le troisième Reich, c'est du langage.
La souffrance revenue de la souffrance, c'est encore et par-dessus tout, du
langage. Merde, tu me forces à devenir vulgaire à mon tour. À
me reduire par lassitude. Suce-moi, plutôt."
"Et la poésie dont tu ne veux
rien entendre, hmm, la poésie, n'est-elle pas libre, ne s'est-elle pas
libérée de ce que tu m'emmerdes avec ton pouvoir exorbitant du
langage?"
"Non. Non, foutaise! Drapeau! La
poésie, qui a fini par produire le monde qu'elle prétendait évoquer,
par substituer le plaisir qu'elle procure à tous ceux qu'elle disat évoquer,
et jamais très regardante sur l'esprit qui anime ce plaisir pour peu
qu'il tienne!, s'est contentée de codifier une liberté qu'elle
n'a jamais acquise! Parce qu'elle n'a jamais eu rien à faire avec cette
acquisition!"
Elle dit "On ne peut vraiment pas discuter avec toi, j'en ai pl Je me laisse
glisser plus profondément dans l'eau, seuls mes yeux et mes narines en
pointent, et, derrière le dôme blanc de mon ventre relevé,
je ne peux qu'observer en souriant le spectacle navrant de ma détumesence,
tenu aux oeillères de céramique, calé au point de sentir
les parois latérales de la baignoire épouser sans peau mes rotules
bloquées par ses cuisses maigres, ce qu'il y a de si singulier chez elle:
partout également réparti un filet de maigreur qui l'ensache à
l'exeption, incongruement, de cette poitrine pleine, abondante, comme étrangement
annexée par ce corps inviable, d'une insolente sécheresse, je
contoure le glissement progressif, qu'aucun de ses hoquets ne vient perturber,
du grigrikiki rougeaud et luisant qu'un seul hoquet pourrait expulser, pincé,
par ses lèvres amollies par le coït juste sous le gland, c'est évaluer
combien la chute en est proche, une corolle cotonneuse translucide et nacrée
de deux foutres mêlés évoque sans grand précision
à la base du grigrikiki gonflé comme une joue, courtaudement épuisé,
évoque la limite de pénétration et les coups redoublés
qui repoussèrent ce sédiment blanchâtre et collant, au moment
où la queue débandée se détache, comme pondue du
con, tenue en laisse par un filet morveux au méat, elle vient plaf et
flotter parmi d'indolentes circonférences, la corolle s'effiloche, immiscible,
laiteuse, et j'aspire au repos en gonflant la poitrine lourdement dans une eau
souillée par la nature abusivement crasseuse de nos ébats, urine,
merde et whisky développent dans cette eau refroidie des nappes indécidables
qui tendent peu à peu à l'uniformité, et c'est brusquement
au moment le plus reposé de cette soirée, et non, comme j'aurais
pu l'imaginer si la question s'était posée à cet instant-là,
au moment le plus vertigineux de cette soirée, c'est à cet instant
précis que je sens proche le vertige, dépassé, que j'ai
frôlé en fait l'invraisemblable vertige qui me fait dire qu'un
exercice supplémentaire d'inventivité, de cette étouffante
inventivité sexuelle où nous a conduit l'ennui de ne jamais avoir
été emporté l'un par l'autre sans appareillage, qu'un minuscule
pallier supplémentaire dans cette dépense terriblement calculatrice
de nos sexes appareillés eût pu nous conduire, et ceci je le sais
inévitablement maintenant, qu'il n'y a là aucune exagération
possible ici, jusqu'à la mort de l'un d'entre nous, et le panorama qui
s'offre à moi, délimité précisément dans
le champ de la baignoire, ce que je perçois maintenant que je me suis
cambré, défai de l'emprise de sa tenaille de chair, et que ma
tête peut pivoter plus librement, dans la baignoire et tout autour d'elle,
oui, ceci m'invite à suffoquer à l'idée effroyable que
ce coït minutieusement préparé à l'effondrement eût
pu nous conduire peut-être tous les deux jusque la mort, comme une invention
supplémentaire de deux corps livrés à l'ennui.