Thibeaud LEMONDE
simon

Ce récit a été publié dans le N°11 de La Parole Vaine.


 

nom et prénom : simon. simon va aux putes, simon est chez des amis, simon reste au lit, simon le citadin, simon est aussi né à la campagne.

simon a croisé aujourd'hui monsieur songe et il en sait quelque chose. simon fait la grève dans la grève et n'en tire aucune vanité.

quel coup fomentes encore tu simon?

ici, un coup simple : simon n'aime pas la solitude sans aimer la compagnie ; plus dure sera l'absence de chute pour simon.

maintenant simon se couche en sachant que demain ça n'ira point droit.

et un autre jour simon lit sur sa table d'informations des messages redoutables : tout-à l'heure un cousin lui a adressé un sourire chaleureux.
 

passablement honteux, simon a décrété, c'est décidé, qu'il n'en était pas moins bête ; la veille et le lendemain, cette fois-là, simon avait fait ainsi : découragé, il ne faut pas se croire découragé, ni fourvoyé, se dit-il, sans y croire du tout, croyant bien qu'il n'a, en l'état actuel, rien d'autre à présager, il ne faut pas se plaindre de si piètres motivations au suicide, il ne faut pas y aller comme on y a été, on y était mais on allait pas bien, à partir de ce jour : comme un lisse, simon ne sait plus s'il est ou non découragé, simon apprécie également la ville et la campagne, car il ne faut pas tenter vainement de réutiliser des distinctions périmées, à défaut de trajets, il s'agit enfin d'un programme, ne jamais tenter vainement de proroger ce qui n'était qu'un semblant de courage, qu'il a encore bien vivace, simon, à faire de la sorte le tri entre ce qui lui fait ou non du bien.

il arrive à sa compagne de lui griffer le dos quand il est allongé sur elle, il ne bronche pas, il se dit qu'il aime bien cela. puis le lendemain elle lui signale qu'il y a des traces, et le plaint, et simon est ravi.

simon est ceux-là projetant des chats guillerets pour rapporter comment il leur est arrivé de vaquer, vraiment - partout en son dedans (chez séraphine) où, concédant à sa seule existence, il l'avait oubliée.

d'ailleurs elle-aussi.
 
 

à la gare, la compagne et simon regardent les cheminots et leurs locomotives. accrochées aux bruits des machines, un singulier tintamarre. on peut supposer que simon rumine de mauvaises pensées : les pauvres objets nous refusent d'advenir, je me plains, puis je ne comprends pas pourquoi certains prennent encore l'europe-express Paris-Bruxelles.

mais si je comprends, elle lui répond, que a) Bruxelles est plus à l'est que tu ne le crois, rappelle-toi le voyage à Bruxelles et notre escale dans les Ardennes, si à l'est. b) il n'y a pas trente-six manières d'avoir des coups de chaud, simon, fais comme on fait, mets-toi au pieu et sois vigilant.

puis ils se sont fâchés, ils ont dit chacun leur tour qu'ils s'entravaient l'un l'autre.

en dernier lieu simon est à faire le poirier, dos contre le mur.

simon, quitte à tirer des plans sur la comète, se voit bien, au moins pour un temps, être une boule dure, qui ne serait pas plus méchante pour autant - il a bon coeur quand même, et d'une manière générale les hommes aiment vivre en bandes. mais être dur n'avait au départ rien à voir avec la convivialité : il s'agissait d'être une gomme dure.

un jour d'une hésitation prolongée entre la joie et la discipline :

c'était lors de son procès. simon, répondant de l'accusation de viol exercé à l'encontre de Mlle Suzanne Hopkins, justifia son acte ainsi : il souhaitait savoir comment la victime et, par résonnance l'ensemble de sa famille restée au pays, avaient été sensibles au fait que le viol ait eu lieu en France plutôt qu'en Angleterre ; il précisa que sa curiosité n'était pas d'ordre culturel ; il remercia la famille d'être ici réunie, il s'excusa des désagréments, il remercia encore tout le monde de l'atmosphère qui émanait de la présente réunion, pour le reste il était près à finir ses jours en prison, ou à l'asile, à condition qu'on veuille bien ne pas trop l'enquiquiner, et il acceptait même d'être enquiquiné, on pouvait, dès cet instant, dès qu'il aurait fini de parler, disposer de lui.

mais ce n'était pas lui le violeur et on le pria de quitter le tribunal.

il n'empêche, d'être un beau jour, tel que ce jour, rassuré de son angoisse, voilà ce qui stupéfiait simon.

on lui demandait de déterminer s'il parlait sérieusement ou non.

quand il tire la langue, il la mord. un regard intéressant, il se détourne. un bon jour pour travailler, il se repose. un coup de téléphone, il abrège.

alors simon médite sagement la phrase : "à combien de gens nietzsche n'a-t'il pas donné le goût du danger! puis quand le danger fut réellement là ils sombrèrent lamentablement". il la soumet à séraphine qui ne répond pas.

simon crédule, incrédule, c'est donné.
 
 

il tourne sous la pluie, achète des fruits sous la pluie. la pluie s'arrête. il fait un tas d'aller-retours dans le grand boulevard. l'air est très clair. l'air est rempli d'odeurs et simon est une grosse odeur (il ne sait laquelle), personne ne sait laquelle il est. il annonce à tous les passants qu'il soutient quiconque voudrait bien lui-même se charger de sa plainte.

au sortir de la baignoire sa maman lui mît une fessée. car pendant le bain, plutôt à la fin du bain, simon lui avait dit "conne". une fessée sur un cul mouillé : redoutable, disaient les amis, et quelle valeur y accorder? nous repaître, nous repaître éternellement.

ne vous battez pas dans mon café criait simon.

simon le radiateur collé au mur pendant l'été.

passé un temps il eut une réponse de séraphine : on est pas là pour désangoisser simon. tu auras toujours cette plaie sur la cuisse droite, cette plaie sucrée qu'aiment tant lécher les chiens.

au café, en terrasse, simon le même, reprend du café. il y a du vent. certains servent, discutent, boivent. quel soleil. sa tête repose sur la table.

bizarre, chaque érection lui est de trop, naturelle et de trop.

on le jugeait incapable de plus. sa tête reposait sur la table et ne s'enfonçait même pas.

quand il est debout parmi quatre énergumène, ils sont en cercle. deux des gars tiennent une grande poupée de chiffon (c'est le sosie de simon), ils essaient de la maintenir droite et la présentent à simon qui semble ému.

pour ce qui est de vivre, il a bien ses serviteurs, et ils y mettent du zèle.

avec séraphine, julien, jean-baptiste, barnabé, luc, jean-pierre, antoine, les deux antoine, et tous les autres, simon avait une propension illimitée à dire oui.

(j'étais bien de ces ânes qui pérégrinent dans les champs, qui font oui-da pendant que l'on rêve, ânes à la peau de velours verte et orange, aux cous marqués des initiales LAP -lettre au père- vertes sur fond orange ou oranges sur fond vert).

couché à côté de sa compagne, il lui caressait les seins. ensuite le bras. de sa main gauche il caressait l'oreiller.

aussi il lui revient d'avoir enfoncé son nez dans son sein qu'elle tenait de la main. et pas d'albertine derrière le champs de mire, mais un "caressein". qui écrasait son nez, de la sorte tout chiffonné et mal refermé.

simon était en chauffeuse sous le soleil dans un square un jour entre beaucoup d'arbres et du bruit d'enfants. avec des mamies, des papas, des lecteurs, des baby-sitters. nettoyant les bancs et appétant les pigeons. simon se sentit proche des grands-mères tassées et soucieuses, aux collants marrons et à l'odeur d'asperges (il lui suffira de pisser après en avoir mangé pour sentir de plus belle). avec les vieilles dames ils ont prétendu subir le fléau et la calamité, en se prenant par la main, en se dispersant à chaque pas. et il n'y a pas eu que ce petit gilet oublié sur le banc, encore cet air à travers les grolles, les glottes qui n'ont point voulu éructer, le goûter mal distribué...

mais simon était diligent et les vieilles dames expliquaient son léger sourire par le fait qu'il s'accusait de dépression inlassablement. elles ajoutèrent, certes il n'est pas des nôtres, mais il est bienvenu quand même.

simon quitta le square et voulut faire un happening : il prit un autre simon et grâce à une ceinture s'attachèrent l'un à l'autre dos contre dos afin de marcher chacun leur tour. car quand l'un marche, il se voûte, de façon à soulever l'autre, non pas pour le reposer, mais davantage pour la posture ou pour montrer qu'il revient au même d'alterner.

à présent seul il s'évertue à dégager un fil rouge pour persévérer et décrète que quand à serpenter dans les rues, enjamber les trottoirs et cerner les prunelles, il est prêt - mais tout ceci fastidieusement, comme il donnerait un coup de ski ou de karaté, à un groupe de cinq-six personnes, fut-ce en y arrivant.

donc il part
 
 

sur son chemin, il a un pied dont le pas est précipité, et ce d'une façon qui force la fascination, simultanément à l'autre pied qui lui avance lentement et semble laisser indifférent.

simon s'effondrant maintenant cela donne, tantôt une tête qui penche, tantôt un bras qui ballotte, tantôt une jambe qui fléchit exagérément, tantôt l'autre.

cela lui est trop ou trop peu inquiétant ; alors il s'endort dans un fossé, dans un lit. remarquant quand même qu'à cause de la bonne humeur qui était sûrement de mise, la pensée de sa naissance le débecte.

ses réveils sont de la pâte séchée : il l'entonne haut et fort. puis allant et venant dans la journée, son esprit s'ensuque et plus personne ne l'écoute.

mon inquiétude n'a plus d'intérêt, elle en aura demain.

et le lendemain simon fait le turgescent, il s'est pas mal empiffré de whisky et décrète cette fois que ses connaissances les plus fidèles et les plus agréables sont les plus détestables, celles qu'il envisage de détester longtemps. c'est pourquoi il a choisi séraphine. ses coups d'oeil ne trompent pas : ils sont de trop à chaque fois. surprenants pour cela.

c'est donc sympathique, il la désire de ce qui lui est désagréable. aussi a t'il pris ses précautions ; on peut lire dans le contrat : "séraphine, si ça ne marche pas, je te poserai un tas de questions idiotes et à chaque fois tu me feras des gros yeux".

simon est aujourd'hui apparu au marché courtois et endimanché.

simon avançait et tombait à chaque minute convaincu de la réussite à venir de ses projets.

-en pleine rue les ballons grossissaient et rebondissaient. les hommes et les femmes présents à l'événement pouvaient se reposer à souhait en ballottant des bras-

on constata qu'il se vouait au premier coup de pied au cul venu.

et tout compte fait, rentrant du marché, il constate à son tour qu'il apprécie davantage ses connaissances en leur supposant moins d'animosité.

"j'irai leur dire après m'être reposé". pour l'instant il reste couché.

du fond de son lit il entendait bien le vol des corbeaux filant n'importe comment au travers des immeubles.

il comprenait qu'il reposait ainsi comme les vacanciers sur la plage.

il resta couché plus longtemps que prévu, plusieurs jours. il disait : je m'accompagne à fléchir.

et de toute façon, j'y implique une certaine retenue.

il rechignait aux prises de contact,

on lui offrit un répondeur.

simon c'est maya ; je voulais savoir si tes couchers n'étaient pas plus pénibles que tu le prétends.

simon c'est pon ; rester un faiblard vaillant, avec un "pourvu que" qui coule du nez sans le moucher, pour en avaler un peu ou pour l'essuyer de la manche, ce n'est peut-être pas suffisant pour durer.

simon se demandait quand même s'il avait un jour été question de durer.

il sortit et montra ses aisselles à tout venant.

un homme l'attrapa par le colback et le secoua, le secoua, le secoua.

séraphine pendant ce temps avait envoyé un message revigorant : simon je plonge dans la merde pour me retrouver dans une eau ensoleillée, tiède et confortable.

il n'en fut pas informé : on lui coupa la tête, ils se la passèrent et chacun y déposa un baiser.

c'est très aimable à vous, dit simon, mais-

il n'en fut pas ainsi.
 
 

ma paresse m'attendait et m'appelait trop sourdement.

d'abord répondre à séraphine. or il semble que séraphine n'aime pas qu'on lui réponde.

il s'était, à ce qu'il disait, empêtré avec séraphine. l'un et l'autre auraient plongé dans la boue ; d'ailleurs, par la faute de simon, séraphine était allée demander à une souteneuse, qui est aussi une amie, si elle n'était pas, elle séraphine, une merde.

patience. couché, il faut savoir rester affectueux et patient. ai sacrifié les goûters-dîners pour le coucher. ai tout répudié sans rien déranger. longtemps me suis plaint, me réjouis aussi.

-dites moi les compétents, n'irait-il pas vers l'atonie, la catatonie, les petites manies un peu mythiques, non moins redoutables, pour lui et ceux-là mêmes qui le croient bien triste?

-oui. ou plutôt, non : simon est triste, c'est un triste, il est d'autant plus gai qu'il devient triste des choses tristes des humeurs tristes.

oui, accordons le, c'est ainsi, c'est de toute façon voûté comme dans les discours qu'il se sent apte à se promener avec maya qui ne saura jamais pourquoi il est si triste sans nostalgie si souvent.

que maya durant sa visite ait pu être si désobligeante, elle si douce - trop éparpillée sûrement pensa simon.

simon est un maigrichon qui redouble de nuisance. pas vraiment. qui tourne dans son lit d'un rythme régulier.

enfin il avance en charrette avec séraphine, elle mène la charrette, tient les rênes. simon a sa tête qui penche en arrière. séraphine s'est permis de lui dire sans sérieux qu'il était pâle. et il a répondu de la même manière qu'il s'était beaucoup agité.