En plein bouleversement concernant mes choix de vie, confrontée à ceux de Laurent* que je viens de rencontrer, j'achète un appareil numérique et me mets à faire des images avec. L'Adam a donc été l'impulsion ; le journal intime c'était un peu mon univers, quelque chose que je connaissais bien. Mais tout cela m'a vite dépassée et j'ai commencé a accumuler, je ne sais quoi au juste. Je ne savais pas, et ne me demandais pas d'ailleurs, quoi faire de toutes ces images ; en fait, les prendre suffisait. J'avais une sorte d'idée vague de ce que j'essayais de faire, car de toute évidence j'agissais, enfin. Peut-être de fixer le monde, le répertorier, le faire apparaitre ou disparaitre, voir enfin, bref, toutes ces sortes d'idées qu'on peut avoir quand on commence à tout prendre en photo de façon compulsive. Je ne prenais pas tout, mais pour voir ça il faut un peu de recul. Ce recul, je l'ai un peu et aujourd'hui, je pourais émettre quelques hypothèses sur ce qui m'a conduit là et pas ailleurs, seulement ça m'ennuie.
En tout cas, en commençant cet Adam project j'avais une petite idée derrière la tête, montrer le dénuement de l'être humain (moi en l'occurence, c'est l'exemple que j'avais sous la main et que j'avais eu tout loisir d'étudier) face à sa propre histoire ( celle qu'il se construit jour après jour) et face au monde extérieur. Mais à travers tout cela et une extrème prosaïcité affichée, je voulais avant tout illustrer une certaine position féminine.
De l'attente sans but à la procrastination et à une vie par procuration, je voulais parler des choix que l'on fait et comment les regarder à distance tout en continuant à les vivre et à les choisir. Comment intégrer ce regard et découper une vie en périodes correspondant à ces choix.
J'ai donc fixé comme permanente une période de transition, une charnière de ma vie, celle où je commence la photo sans savoir où je vais, où je commence une nouvelle vie avec ce nouveau choix qui en entrainera sans doute d'autres en cascades: le choix, le risque d'agir sur le monde. À ce stade il ne semble s'agir que d'un choix procuratif, mais en faisant l'Adam, j'actualise le processus engagé par un objet palpable, sorte de preuve d'un changement. «une journée banale» est née, c'est le premier pas vers «La photo de minuit» et vers des remaniements psychiques qui est relaté ici ainsi qu'un nouveau regard sur le monde.
Cet Adam est donc une sorte d'équation, de formule qui permet l'équilibre entre les termes solitude, féminité, vide, et choix à un instant de réorganisation et donc d'instabilité maximale. Une équation qui tient surtout grâce à ses inconnues.

 

*L.L. de Mars

 

C. de Trogoff - Novembre 2003