Mail
pornography (mot à mot pornographie postale, en Anglais
jeu de mots sur mail: la poste, et male: masculine, les deux mots
étant prononcés de la même façon)
Comme de trop nombreux politiciens américains
sont de plus en plus enclins à mettre en danger le monde
des arts, par de regrettables impositions de lois visant à
faciliter l'emploi de la censure à l'encontre des artistes
subversifs (cf procès de M Barrie, directeur du Musée
d'Art Contemporain de Cincinatti, Ohio, en octobre 90, polémiques
du Sénateur de la Caroline du Nord, Jesse Helms, en faveur
de critères moraux pour l'attribution des bourses du National
Endowment for the Arts, en août 89), de nombreux artistes
américains ont réagi, organisant de larges manifestations
('A day without Art', refus des bourses du NEA ... ) Des expositions
ont aussi eu lieu, le projet "Mail pornography" a fait
partie de plusieurs. Les images de "Mail pornography"
sont des reprographies photographiques directement faites d' après
d'authentiques pages de magazines pornographiques, la plupart ont
été cependant agrandies, réduites ou recadrées.
Les copies ainsi obtenues furent ensuite incluses dans des enveloppes
de papier cristal, dont les services postaux se servent pour l'emballage
de timbres commémoratifs.
Des timbres de 25 cents, représentant
le drapeau américain (le drapeau étant lui-même
le centre d'une polémique de censure envers des artistes
et groupes politiques et ethniques, pratiquant sa souillure et ou
sa destruction symboliques dans le cadre de performance) flottant
glorieusement sur fond de ciel azur et légèrement
nuageux furent ensuite collés sur les enveloppes pour affranchissement.
Du scotch noir opaque scelle les enveloppes qui me furent renvoyées,
postées à des bureaux de poste différents de
la ville de Chicago. Au total, un compte de 24/25 des enveloppes
initialement postées atteignirent leur destination: une performance
remarquable pour les services postaux américains, surtout
ceux de Chicago.
Ce travail veut être une dénonciation
de la censure imposée sur les arts aussi crus soient-ils,
sous pretexte de protéger la population de leur caractère
subversif quand au même moment, il semble que la pornographie
la plus crue et minimale voyage parfaitement via la poste, une institution
d'État, dont des lois internes interdisent pareil usage de
leur services.
Combien injuste il parait de censurer une expression érotique
artistique, dans le but de la protection des bonnes moeurs, si la
population objet de cette protection donne tous les signes d'une
très grande acceptation d'une véritable pornographie,
sans talent, sexiste et dépravante.
Philippe
De Jonckheere, 1990
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