- Vaughn-James Martin
La cage, Les impressions nouvelles. ISBN: 2874490113
Martin Vaughn-James est un petit comique. Il faut avoir
croisé un jour son petit œil pétillant et sa moustache
rieuse pour s’en rendre compte. Aujourd’hui, dans son atelier
bruxellois, la peinture est devenue son principal mode d’expression,
et Martin Vaughn-James ne publie plus de livres depuis longtemps. Car dans
les années septante (1970), M. Vaughn-James appréciait tout
particulièrement de dessiner à côté des textes,
les siens ou ceux d’écrivains, dans les revues Minuit,
Obliques ou 25, par exemple. Il ne les illustrait pas, ne les
complétait pas non plus, les traduisait encore moins. En réalité,
on ne savait pas trop ce qu’il élaborait, ses images nous parlaient,
mais nous n’étions pas certain de les comprendre, et le sol comme
le ciel semblaient alors se fissurer dans un intolérable crissement.
Durant ces années, Martin Vaughn-James a fait exploser les codes de
la bande dessinée, puis, l’œil toujours rieur, s’en
est allé explorer d’autres horizons, raconter avec d’autres
moyens le carnage du monde. Dans La Cage (1975), son labyrinthique
chef d’œuvre, tout engage au jeu. L’on s’amuse de et
avec son lecteur, on entretient le malentendu sémiotique, on projette
le lecteur dans un dédale de sens, on le malmène comme Stephen
Dedalus le fut en son temps, on l’invite à se perdre dans le
tressage du récit, où la présence de l’homme, écliptique
et par là-même omniprésente, insuffle une universalité
émouvante. Avec La Cage, Martin Vaughn-James a commis un roman
visuel magistral qui ne saurait souffrir de se laisser raconter, à
l’instar des meilleurs textes de Kafka, Joyce, Beckett et Robbe-Grillet.
Dans La Cage, la cage est case, et la case, casa/la maison, se joue
de la cage, cavea/la cavité, le creux, l’ouverture...
On notera également qu’une littérature attenante a paru
aux mêmes éditions ; La Construction de la Cage, autopsie
d’un roman visuel de M. Thierry Groensteen, est un court ouvrage qui
apportera aux lecteurs les plus égarés, un appréciable
réconfort à leur errance.
Vandermeulen