- Mattioli Massimo
Joe Galaxy et cosmic stories, Aedena. ISBN: 2905035374 (épuisé).
On pourrait se tromper si facilement d'objet et prendre
ce gros album coloré pour une farce sur le motif du cartoon ; mais
un feuilletage un tout petit peu plus poussé fait éclater la
nature foisonnante, encyclopédique d'un livre dont l'invraisemblable
inventaire de formes ruine déjà l'unité qu'on attend
de tout ouvrage populaire. Joe Galaxy est une des entreprises éditoriales
les plus curieuses que je connaisse. Tout ce qui appartient à la sphère
artistique y atteint le même statut d'objet pour Mattioli : les éléments
matériologiques qui interviennent dans la pratique plastique (trame
utilisée en all-over mais aussi comme élément géométrique,
comme unité plastique, rodoïds montrant la bavure des mises en
couleurs, collages de toutes sortes), ceux qui appartiennent aux procédés
d'imprimerie ou aux impératifs techniques qui en découlent (usages
paradoxaux des tramages couleurs, des à-plats ou des nuances, mises
en évidence de la séparation des films comme élément
narratif), l'histoire de l'art intégrant également les jeux
de va et viens de celle-ci avec l'histoire de la bande dessinée (de
Magritte devenue vulgaire décorateur fantastique à des allusions
raffinées aux renversements de valeurs par des artistes comme Peter
Halley, Mattioli n'en finit pas d'embrouiller le fil des références
et des analyses critiques) et les bandes dessinées elles-mêmes
(des emprunts narratifs à Major Fatal en passant par la citation
de dessins de Scozzari jusqu'à des pans entiers de récits morcelés
en une sorte d'inventaire de genres narratifs ou graphiques), ce qui fait
dire que Mattioli est dessinateur de cartoons COMME
Morandi est peintre de nature morte. Le cartoon est son objet (un de ses objets).
Mais Mattioli, surtout, sait qu'un phylactère FAIT
la bande dessinée et que cette condition suffisante fait de n'importe
quelle surface colorée un décor potentiel, de n'importe quelle
arête de polygone un sourire, d'un mouchetis un personnage. Du déroulement
du temps à l'aménagement du panorama, il n'y a pas une règle
du jeu qui ne soit à la fois pertubée et grandie par les inventions
incroyables de Mattioli qui fait avec ce bijou hilarant un des rares récits
à pouvoir rivaliser de bidonnage et d'intelligence avec Zazie dans
le metro.
L.L. de Mars