• Goossens Daniel
    L’encyclopédie des bébés, intégrale (3 tomes parus), Audie. ISBN : 2858153841
    Goossens use de l'absurde comme d'un outil de démonstration rigoureux pour faire de son encyclopédie des bébés un inventaire de nos tares. Féroce, drôle et intelligent. Parce que Goossens n'est pas gentil, ne se laisse coincer par aucun tabou, ne cède à aucune niaiserie et se montre capable de poursuivre ses pensées et ses explorations sur de longues distances sans fatigue.
    De cette encyclopédie on peut dire que tout est dans le titre à condition de se donner les moyens de le comprendre. Étude détaillée du vrounzais fin vingtième siècle surnourri et sursaturé de discours infra-indigents, étude conduite au travers d'un unique objet d'élection : le bébé. Pas le baigneur rose et mièvre des publicités et des phantasmes de pureté enfantine, qu'il massacre à l'envi, mais une présence envahissante posée comme point de fixation, prisme, élément de trouble à partir duquel déconstruire les discours, les situations et les habitudes de pensée. Le bébé créateur d'un bordel assez efficace pour ne pas cesser de provoquer les choses à se révéler dans leur complète absurdité. À ce crible, Goossens n'épargne rien, conduisant le lecteur dans les diverses aberrations sociales qu'il fracasse joyeusement, à commencer par la télévision, la publicité, la psychologie, les schémas culturels, et de façon générale tous les discours sur.
    Son inventivité d'écriture fait du texte de certaines cases des propositions poétiques qui tiennent debout toutes seules et de ses narrations des circulations franchement structurées dans les idées sous leur apparent désordre. Circulant ainsi sans cesse du non-sens au sens. Ceci étant le dessin est indispensable au procédé. Dans Goossens, tout le monde a l'air d'avoir 60 ans y compris les nouveaux-nés et semble marqué par quelques millénaires d'ivrognerie bavarde et de consanguinité. Toute expression faciale vire à la grimace, tout comportement à la cabotinerie au au figement béat. Comme les discours, les images sont malmenées, déplacées, égarées, mélangées avec un sens du collage très sûr où tout est permis. Lecture jubilatoire à compléter par les autres opus de Goosens, en particulier La vie d'Einstein, Laisse autant le vent emporter tout, Le romantisme est absolu ...

    Oolong