#17


Est-ce que la presse et les médias traditionnels ignorent du tout au tout l'existence d'internet? Non, tout de même pas, rassurez-vous, il y a des preuves tangibles du contraire. Internet tel qu'il est mentionné dans la presse apparaît plus souvent qu'à son tour dans la rubrique judiciaire. Comme il est étonnant de voir comment la plupart des articles de presse consacrés à internet s'intéressent principalement à toutes sortes d'affaires juridiques, imaginez comment vous seriez surpris que la radio tienne essentiellement la chronique des affaires judicaires relatives à la presse écrite qui ferait de même de la télévision laquelle ne manquerait pas de surveiller étroitement les agissements troubles de la radio. On hurlerait, à la radio, à la télévision et dans les colonnes des journaux à la diffamation invoquant les campagnes de discrédit des uns et des autres. Et pourtant internet existe bien en dépit de ces empiètements hors la loi souvent caricaturaux. Il y a une autre preuve à verser à ce dossier de la presse qui connaît parfaitement l'existence d'internet. Internet est devenu la source des journalistes. Combien de fois ai-je lu dans les sections littéraires de journaux — dans le Monde des livres notamment — des articles consacrés à des écrivains quelques temps après avoir lu une chronique à propos des mêmes auteurs, mais dans remue.net, d'ailleurs l'article ne fait généralement pas que découvrir un sujet dans remue.net, il en reprend souvent l'argumentaire quand ce ne sont pas des phrases entières. Dans un tout autre ordre d'idées, Patrick le Lay, l'année dernière s'était livré dans un entretien radiophonique à une stupéfiante déclaration dans lequel il vantait l'efficacité de sa chaîne de télévision à décerveler les téléspectateurs pour faciliter la réception des messages publicitaires. Cette déclaration passa tout à fait inaperçue dans la presse écrite, à la télévision sur les chaînes concurrentes s'entend — en matière d'autocritique, je ne demande pas non plus l'impossible — et même à la radio, médium duquel cette déclaration était issue. Pendant six mois au contraire cette déclaration fut relayée au sein de l'internet français par des internautes outrés de cette obscénité sincère. Et puis six mois plus tard, la chose est revenue, digérée en somme, une opinion avait été forgée sur l'inacceptable de cette déclaration, et la presse a enfin fait son travail en édifiant son lectorat. Levées de boucliers et indignation feintes l'espace du quart d'heure médiatique, fin de l'histoire; que chacun retourne à son poste ... de télévision.


Antoine Wiertz, la Belle Rosine, 1848

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