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Ils sont terriblement à la traîne les médias classiques
pour ce qui est de combler leur retard technologique. Du coup leur souci
soudain de rattraper le temps perdu est parfois cocasse. Prenons l'exemple
des blogs de journalistes. Depuis 1998, à peu près, les centrales de
blog ont été rapidement choisies par les journalistes, notamment ceux
qui venaient de rédactions de la presse écrite, avec dans l'idée de
donner à lire quelques unes de leurs notes, de leurs observations ou
de leurs opinions qui ne trouvaient pas leur place dans les colonnes
du journal, soit parce que les limites imparties en nombre de signes
ne pouvaient pas contenir la totalité d'une recherche sur le terrain
soit parce que certains des éléments de leurs enquêtes fâchaient la
rédaction qui ne souhaitait pas les voir figurer dans leurs colonnes.
Dans les blogs de journalistes on trouvait donc des articles à la fois
plus libres et plus complets et qui surtout prenaient soin d'étayer
leurs sources sous la forme de liens hypertextes. Et puis les blogs
ont alors connu un engouement croissant avec leur arrivée en Europe,
fin 2001, début 2002. En mars 2004 les blogs et les sites internet d'opinion
plus construits jouèrent un mauvais tour au parti conservateur d'Aznar
en Espagne puisqu'ils dénoncèrent la supercherie des attentats du 11
mars 2004 faussement attribués à l'ETA pour faire oublier qu'au contraire
ces attentats étaient le fait d'Al-Qaeda en représaille à la participation
de l'Espagne à l'effort de guerre des Américains en Irak, participation
active qui avait toujours été impopulaire auprès des Espagnols. La victoire
annoncée des conservateurs s'est transformée en une déroute copieuse,
ce qui signifait que les citoyens espagnols avaient su suppléer à l'incurie
de leur presse servile à propager les mensonges de l'Etat, justement
par le biais des blogs. La campagne électorale américaine en 2004 fut
tout autant marquée par le phénomène des blogs dans lesquels tout un
chacun finit par jouer les organes de presse. Il est amusant donc de
remarquer que les rédactions, comme celle du Monde
en ligne, désormais encouragent leurs journalistes à tenir
un blog, comme celui de Pierre
Assouline. Tentative tardive de récupération de ce qui déjà n'est
plus tout à fait un phénomène, ce qu'il reste des blogs aujourd'hui
c'est à peine les interfaces techniques et leurs fournisseurs
comme Blogger ou Skyblog, la forme de ce qui se fait sur internet a
depuis changé, des interfaces plus autonomes comme celle de SPIP, ou
les wikis, en donnant davantage de possibilités de syndication élargissent
les potentiels de la rédaction en ligne. La récupération par les médias
traditionnels accuse donc encore du retard, gageons qu'elle ne le comblera
jamais tant elle jauge toujours aussi médiocrement le phénomène
internet.
Pierre Alechenski

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